Sentience et Sentientisme

En Bref...

  1. La sentience est la capacité, pour un individu, à percevoir de façon subjective son environnement et ses expériences de vie.
  2. Le sentientisme est une théorie éthique qui place les êtres sentients dans le cercle de considération morale.

1. Qu'est-ce que la sentience ?

Pour un être vivant, la sentience est la capacité à ressentir les émotions, la douleur, le bien-être, etc. et à percevoir de façon subjective son environnement et ses expériences de vie (Dictionnaire français, 2020).

Pour la majorité des philosophes en éthique animale, la sentience est une notion capitale, car c’est parce qu’un être-vivant est sentient que ce qui lui arrive lui importe.

Être sentient implique d’avoir une conscience phénoménale, c'est-à-dire une capacité à vivre des expériences subjectives.

La sentience d’un être vivant est une capacité difficile à étudier car elle n’est pas directement observable par une tierce personne. Les scientifiques ont mis en évidence de nombreux indicateurs de sa présence, même s’il n’existe pas à ce jour de liste de critères définitive. On parle alors d'éléments en faveur ou en défaveur de l'existence de sentience.

À ce jour, la recherche scientifique a mis en évidence des éléments solides et convergents en faveur de l’existence de sentience chez les mammifères, les oiseaux, les poissons, les reptiles, les batraciens, ainsi que chez les céphalopodes et les crustacés décapodes.

Des recherches sont en cours concernant l’existence de la sentience chez les insectes et les bivalves. Cependant, les scientifiques considèrent qu'il y a une forte probabilité que les abeilles et les mouches drosophiles soient sentientes.

Bien qu’ils soient des êtres sensibles, on considère aujourd'hui que la sentience est très peu probable chez les coraux, les plantes, et les micro-organismes (bactéries, levures, protistes).

2. Qu'est-ce que le sentientisme ?

Le sentientisme est une théorie éthique qui place les êtres sentients dans le cercle de considération morale, c’est à dire que l’on reconnait l’importance d’attribuer de la valeur aux intérets qui leur sont propres.

Le sentientisme soutient que l’espèce, l’intelligence, la beauté, la rareté ou encore la valeur économique ne sont pas des critères pertinents pour déterminer si un être vivant doit faire l'objet d'une considération morale. Cette théorie éthique défend que le caractère sentient d'un être vivant constitue une condition à la fois nécessaire et suffisante pour qu’il soit inclus dans le champ de la considération morale.

Elle ne s’oppose pas par essence à la protection des plantes ou des coraux, mais ceux-ci n’ayant pas d'intérêt propre, leur protection est motivée par d’autres raisons (services écosystémiques, culturels, symboliques, etc.).

Dans un cadre conceptuel sentientiste, privilégier les intérêts des individus de sa propre espèce au seul motif de leur appartenance biologique constitue un biais appelé spécisme.

Lire les autres dossiers

Pour aller plus loin...

Pour aller beaucoup plus loin...

  • Livre The Edge of Sentience de Jonathan Birch
  • Livre Sentience: The Invention of Consciousness de Nicholas Humphrey
  • Peter Singer (2024 [1975]), La Libération animale, traduit par Françoise Bouillot, Pierre Reignier, Johan-Frédérik Hel-Guedj et Gabrielle Pozzo Di Borgo, Payot et Rivages.